Pour le pouvoir, «on peut discuter de tous les points»

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Le calme semblait revenu hier dans les rues de Conarky en Guinée, mais le blocage politique persiste. L'opposition appelle à de nouvelles manifestations à partir de lundi pour réclamer entre autres la tenue des élections locales avant la présidentielle d'octobre et dénoncer la répression des manifestations du début de semaine.

Mardi, le Premier ministre avait donné 24h à ses ministres pour faire des propositions pour permettre une reprise du dialogue politique. Mais l'opposition pose un certain nombre de conditions. Le pouvoir va-t-il lâcher du lest ? Explication d'Albert Damantang Camara, porte-parole du gouvernement guinéen.

RFI : L’opposition accuse la police d’avoir tiré à balles réelles sur des manifestants et l’organisation Amnesty International a demandé mercredi l’ouverture d’une enquête. Que répondez-vous ?

Albert Damantang Camara : Dès le premier jour, le procureur de la République a été saisi pour mener une enquête pour savoir d’où venaient ces tirs-là, avec un appel aux forces de l’ordre pour qu’elles maintiennent l’ordre dans le strict respect des droits de l’homme. C’est vrai que les conditions de maintien de l’ordre ont été extrêmement difficiles. Bien entendu, cela ne peut pas justifier qu’il y ait des exactions, s’il y en a eu, il faut qu’elles soient établies et sanctionnées.

Donc vous n’excluez pas l’hypothèse d’une bavure ?

 

On n’explique aucune hypothèse, on veut tout simplement pouvoir confondre les auteurs avec des preuves probantes.

 

En attendant, le dialogue avec l’opposition semble au point mort. Le Premier ministre a demandé au gouvernement de réfléchir à des propositions pour sortir de l’impasse. Est-ce que cela signifie que le gouvernement est prêt à faire des concessions ?

 

La question devrait se poser dans les deux sens. Nous avons dit que nous sommes prêts à discuter de tous les points et envisager toutes les solutions pour une sortie de crise à condition que l’on veuille bien dialoguer dans un espace prévu à cet effet et sans poser les préalables. Ce que malheureusement l’opposition n’arrête pas de multiplier depuis un certain temps avec, en dernier lieu, un nouveau préalable supplémentaire, à savoir la dissolution du gouvernement.

L’opposition exige également une refonte de la Commission électorale et l’organisation des élections locales avant la présidentielle. Est-ce que vous êtes prêts à lâcher du lest sur ces revendications ?

 

La première erreur à faire est de mettre la responsabilité sur le dos du gouvernement. La Céni est consacrée par la loi fondamentale, la Constitution, et par un règlement intérieur. On ne voit pas comment aujourd’hui, le gouvernement peut se permettre de dissoudre la Céni ou de la refonder alors qu’aucun texte ne le prévoit. Ce serait déjà une première violation de la loi, ce que l’opposition même, dénonce régulièrement.

 

Une Commission électorale que l’opposition ne reconnaît plus, comment organiser une présidentielle crédible dans ces conditions ?

 

Actuellement, l’opposition continue à travailler dans les démembrements de la Céni à l’intérieur du pays, donc il y a quelque chose de contradictoire dans cette annonce de l’opposition. On ne peut pas continuer éternellement à remettre en cause des institutions républicaines, parce que tout simplement l’opposition a l’impression que cette institution agit à contresens de ses intérêts. Il faut être capable à un moment donné de respecter nos lois et nos institutions même si elles ne sont pas parfaites.

Que répondez-vous à ceux qui reprochent au président de la République d’avoir mis la Céni sous sa coupe et en particulier son directeur ?

 

Il y a un chapelet de choses que l’opposition reproche au président de la République, à la Céni, au gouvernement, à tous ceux qui s’approchent de près ou de loin du processus électoral. Le statut de la Céni est indépendant, il est consacré par le mode de désignation de ces membres, ce sont des commissaires qui sont désignés par leur parti d’origine, le président n’a pas à donner son avis. Ils ont un traitement salarial qui les met à l’abri du besoin. C’est à désespérer de la nature humaine de croire que ces personnes-là, peuvent encore être soumises à des pressions.

 

L’opposition estime que l’accord signé à l’issu d’un précédent dialogue en 2013, prévoyait que les locales auraient lieu avant la présidentielle. Est-ce que ce n’est pas contradictoire de demander à l’opposition un nouveau dialogue alors que justement, elle vous reproche de ne pas avoir appliqué les accords signés jusqu’à présent ?

 

Ce serait contradictoire si des accords en ce sens étaient signés. Nous avons signé un accord le 3 juillet 2013 où à aucun moment il n’ait mentionné le terme « communal », « élection communale » et « calendrier d’élection ». Alors l’opposition fait valoir un document qui n’a été signé ni par elle ni par le gouvernement ni par la communauté internationale et qui a été élaboré cinq jours après, le 8 juillet. Ce document n’engage pas le gouvernement dès l’instant où, à aucun moment, nous n’avons été associés à sa conception. Mais ce n’est pas la question. La question est de savoir si aujourd’hui la Céni est capable d’organiser des élections communales et présidentielles avant la fin du mandat du président de la République. La Céni a répondu à cette question en disant clairement « non » et en honnissant un certain nombre d’arguments.

 

L’opposition estime que ces arguments ne sont pas valables et fait valoir autre chose. L’opposition explique, faute de scrutin local depuis 2005, un certain nombre de mairies ont été remplacées par des délégations spéciales non élues, mais désignées par le pouvoir, et que c’est de nature à favoriser une fraude en faveur d’Alpha Condé à la présidentielle. C’est pourquoi, ils demandent que ces élections soient placées avant la présidentielle ?

 

La Céni est prête à mettre en place un dispositif qui exclurait totalement ces délégations et ces mairies, devenues illégitimes du processus électoral. Donc tout ceci peut être discuté à l’intérieur d’un espace de dialogue pour voir comment sécuriser les élections et faire de telle sorte que justement si cela était vrai, que ces mairies, ces autorités locales, n’aient plus aucune influence sur le scrutin électoral.

Cela veut dire que pour le moment sur les principaux préalables posés par l’opposition, vous ne cédez pas ?

 

Pour le moment, nous souhaitons aller aux négociations, aux discussions sans préalable. Dès l’instant où ces préalables sont satisfaits, il n’y a plus d’objet du dialogue, ça ne sert absolument à rien d’aller au dialogue.

 

Seriez-vous prêts à accepter une médiation de la communauté internationale pour permettre un nouveau dialogue ?

 

Nous n’en sommes pas encore là. Nous avons toujours dit que nous préférons que les Guinéens soient capables de régler leurs problèmes par eux-mêmes en utilisant leurs propres institutions. Nous espérons pouvoir compter sur nous-mêmes pour trouver une solution parce que de toute manière, ces solutions-là, s’appliqueront à nous et à nous seuls.

Par Florence Morice

Source: RFI

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