Reconduire ou ne pas reconduire Alpha Condé à la présidence, telle est la question pour les Guinéens

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Le président guinéen Alpha Condé brigue un nouveau mandat lors de l'élection présidentielle de dimanche. Alors que la campagne s'est déroulée dans le calme, des heurts sont venus émailler les derniers jours avant le scrutin.

Cinq ans après la première élection démocratique dans le pays, la Guinée va de nouveau devoir désigner son président, dimanche 11 octobre. Les protagonistes sont sensiblement les mêmes, en particulier les deux favoris : Alpha Condé, le président sortant, et l'opposant Cellou Dalein Diallo, finaliste malheureux en 2010.

Le chef de l'État s'est choisi comme slogan "Un coup, KO", ambitionnant de s'imposer dès le premier tour. Un objectif qui n'est pas forcément à sa portée, même si, comme dans beaucoup d'élections en Afrique, il y a une grande prime au sortant. En effet, le sortant "a eu le temps de placer les siens aux postes de pouvoir", explique Antoine Glaser, journaliste et auteur d'"Africafrance" (2014, Fayard), de quoi influencer l'opinion en sa faveur.

Mais dans le cas de la Guinée, cela pourrait ne pas suffire. "Il y a encore beaucoup de gens qui votent sur le plan ethnique", rappelle-t-il, soulignant le fossé entre Conakry, où l'élite éduquée est sensible aux partis politiques, et le reste du pays, où le critère ethnique prime. À ce niveau, l'avantage est à Cellou Dalein Diallo, Peul comme quelque 40 % de la population guinéenne. Alpha Condé, lui, est Malinké, l'autre grande ethnie du pays (environ 30 % des Guinéens).

Affrontements de fin de campagne

Si la campagne a dans son ensemble été relativement sereine, des violences ont éclaté au cours des derniers jours. Au moins une personne est morte jeudi à Conakry dans des affrontements entre partisans des deux camps. Vendredi, des barricades ont été montées dans la capitale et des commerces pillés. "Le climat reste très tendu" avec un gros déploiement des forces de l'ordre, a rapporté la correspondante de France 24 sur place, Sarah Sakho. Le dernier meeting de campagne d'Alpha Condé a été annulé par mesure de sécurité.

C'est autour de la question du report du scrutin que les esprits se sont échauffés : l'opposition demandait que la présidentielle soit organisée après les élections municipales, ce que le président a refusé. Ses adversaires craignent des manipulations du vote, avec des listes électorales truquées notamment, qu'ils souhaitaient avoir le temps de faire vérifier.

Une jeune démocratie

"C'est un pays qui a encore peu de pratique de la démocratie", commente Antoine Glaser. La Guinée a en effet connu le long régime autocratique d'Ahmed Sékou Touré (1958-1984), puis le putsch de Lansana Conté, auquel succèdera une junte militaire en 2008. L'élection d'Alpha Condé en 2010 était donc la première élection libre du pays, et comme les législatives qui ont suivi en 2013, elle a été émaillée de violences et d'accusations de fraude.

Selon le journaliste, le président sortant a cependant "fait des efforts pour répondre aux demandes de l'opposition", notamment afin qu'elle ne boycotte pas le scrutin. "On ne participera pas à une mascarade électorale. Sinon, on n'acceptera pas les résultats et je mobiliserai avec tous les autres candidats la population pour refuser", a prévenu Cellou Dalein Diallo, candidat malheureux au second tour face à Alpha Condé en 2010, alors qu'il était largement arrivé en tête au premier tour.

Une opposition divisée

Ils sont au total sept candidats à se présenter face au président sortant, et parmi eux, trois anciens Premier ministres, Cellou Dalein Diallo, Lansana Kouyaté et Sidya Touré. Les protagonistes n'ont pas pris le parti de s'allier contre Alpha Condé, souligne Antoine Glaser : "Ils se présentent en ordre dispersé pour éventuellement se rassembler après le premier tour". C’est probablement ce jeu d’alliances qui décidera de l’issue de l’élection.

Les adversaires d’Alpha Condé attaquent le chef de l'État sur sa mauvaise gestion du pays, notamment de la crise du virus Ebola, et sur son exercice solitaire du pouvoir, au cours duquel il aurait attisé les tensions ethniques.

Alpha Condé, lui, met en avant sa réforme de l'armée et de la justice, l'achèvement du barrage hydro-électrique de Kaléta, pour régler enfin le problème criant de la pénurie d'électricité, et la transparence sur les contrats miniers, l'une des grandes richesses du pays.

Il a défendu son bilan dans une récente interview : "Malgré Ebola, il n'y a qu'à voir ce que nous avons fait en cinq ans. Demandez au peuple de Guinée, ce que nous avons fait en cinq ans, si les autres l'ont fait en cinquante ans. Posez la question dans la rue". Le scrutin de dimanche devra fournir des éléments de réponse.

Sabrina HESSLER

Source: france 24

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