Tueries dans la Guinée des Forestiers : je ne suis pas de Zowota !

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Dans la nuit du 3 au 4 août 2012, AC a encore enrichi son tableau de chasse. Après avoir fait massacrer des Peuls, il vient de liquider quelques « Gbèressè » (terme malinké pour désigner les Guerzés ou Kpèlès) dans leur propre village en commençant par leur chef. Nyankoye, Tokpa, Nazio, Foromo, etc., presque tous portant le patronyme Kolié, ont péri sous les balles de la soldatesque d’AC, le « chef de pays » et ministre de la Défense.

Des indignations suivies de condamnations viennent de partout. Par solidarité sélective, certains vont jusqu’à affirmer que « nous sommes tous de Zowota ». Je sens que je vais encore me faire quelques amis…

En Guinée il n’y a pas que les tueries qui tuent. Ce qui nous tue le plus, c’est cette hypocrisie collective de laquelle nous refusons de sortir. Moi, je dis clairement que je ne suis pas de Zowota ! Pourquoi le serais-je ?

Depuis la disparition du général Lansana Conté, les Peuls sont systématiquement insultés, molestés, blessés et tués, leurs femmes violées dans l’indifférence totale de ceux qui s’agitent maintenant. Leur seul crime est d’être peul. Un crime qu’ils sont incapables de ne pas commettre, puisqu’il est identitaire.

Le seul crime des « Gbèressè » massacrés récemment serait d’avoir osé revendiquer des emplois non qualifiés auprès d’une société qui exploite une mine dans leur site de Zowota (ou, pour certains, « Zoghota », mais je préfère rendre aux « Gbèressè » ce qui appartient aux « Gbèressè »). Un crime évitable dans une certaine mesure, puisqu’il n’est qu’alimentaire.

Ainsi, on a deux « crimes » dans notre singulière Guinée : l’un qui colle à la peau et dont on ne peut se défaire et l’autre qui touche au ventre et qu’il n’est pas impossible de résoudre.

Où étaient donc les cadres, politiciens et autres associations lorsque les Peuls ont obtenu encore tragiquement « leur tour » d’être massacrés ? Je ne serai de Zowota que lorsqu’ils me donneront une réponse satisfaisante. Lorsqu’ils « seront tous de Dinguiraye, de Dabola, de Pita, de Télémélé, etc. », alors, moi aussi, je serai de Zowota ! Un Peul ne vaut-il pas un « Gbèressè » ? La vie d’un Foromo ne vaut-elle pas celle d’un Diallo ? Qu’est-ce que cette indignation à géométrie variable ? C'est maintenant que Jean-Marie Doré, allié d'AC, se rend compte du « changement » qui s'opère ? La manipulation ne passera pas et personne n'oubliera le rôle de chacun dans notre douloureuse histoire !

J’avais dit, dans un article, que la Guinée n’est pas incassable. Ce pays est une création coloniale et personne ne nous a demandé notre avis pour vivre ensemble. C’est à nous de voir si nous voulons créer une nation ou forger des bantoustans. A l’allure où vont les choses, un choix finira bien par s’imposer à tous.

A-t-on bien compris la politique criminelle d’AC ? Dans sa volonté de division, il y a ceux qu’il jalouse singulièrement, les Peuls, et ceux qu’il méprise littéralement, les « Gbèressè » ! Ce n’est pas le même état d’esprit ! Il veut réduire l’influence des premiers et rester condescendant à l’égard des seconds. Une condescendance honteuse car AC s’apprête à donner aux représentants des Kolié de l’argent qu’ils vont accepter. Le prix d'un collier de bas de gamme pour quelques vies brutalement arrachées.

Des organisations, plus régionalistes que régionales, viennent de lancer un appel pour une marche le 31 août à Washington et pour une autre le 5 septembre 2012 à Paris. Je lance à tous les Guinéens un appel au boycott de ces marches trop partisanes !

Je ne marcherai jamais pour ceux qui n'ont pas marché pour moi ! Surtout lorsqu'ils rampent devant un AC qui boite depuis toujours. Comment comprendre qu'ils condamnent des actes tout en glorifiant leur auteur ? L'ordre de tuer est venu d'en haut mais certainement pas du ciel ou d'une quelconque forêt sacrée. Les exécutants ont obéi aux ordres d'AC, l'exécuteur suprême.

En revanche, je souhaite une marche nationale, dans une clairière et non dans un sous-bois plein d'épines, en souvenir de toutes les victimes d’AC et pour demander l’instauration d’un Etat de droit en Guinée.

Pour terminer, une remarque : Mamadou Linsan Sy Savané, bien connu des internautes vient de rentrer de Guinée après un long séjour. Je salue son courage (il a affronté directement les agents d’AC sur place) et sa persévérance (il dénonce les origines douteuses d’un président coopté). Son message commence à porter ses fruits.

Je ne connais pas les origines d’AC mais ce dont je suis sûr, c’est que les victimes de Zowota ont bien été tuées, elles, sur la terre de leurs ancêtres.

Je vous salue, en pensant que « nous pourrions tous être des Guinéens » !


Ibrahima Kylé Diallo
Responsable du site « www.guineeweb.net »

I.Kylé Diallo

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Commentaires (1)

1. GUEYE 22/08/2012

je partage votre point de vue en partie. Du simple fait de se sentir oublié dans son malheur et que maintenant il faut faire face aux malheurs des autres. Ce qui est important ici c'est de mettre les uns devant leurs responsabilité( les autres ethnies qui étaient observateurs quand les peulhs étaient en train d'être massacrés, violé comme si ça ne les arriveraient pas eux) et réveiller les autres qui ont trouvé qu'il n'étaient pas tout simplement opportun de s'impliquer. On pourrais tous être guinéens. C'est vous qui l'avait dit. Nous devons nous serrer les coudes pour extirper ce bandit hors d'état de nuire et le traduire devant la justice qu'elle soit étrangère ou local. Merci pour votre perspicacité. J'aime bien vous lire

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