L’Armée en Afrique, à quoi bon ?

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Visiblement, l’ère du pouvoir kaki  et sa cascade de coups d'état  et de coups de Trafalgar  de toutes sortes  des années  1970 – 1980,  qu'on croyait révolues en Afrique, n'est pas derrière nous.

A peine que l'armée malienne retourne dans les casernes, c'est au tour des militaires bissau-guinéens, cette fois, de jouer aux trouble-fêtes au plus haut sommet de l'Etat .Comme par effet domino...

Le tout à vol d'oiseau des deux  (2) scènes politico-dramatiques. L’Afrique de l'Ouest serait-elle en train d'imploser? Le Sénégal hormis, la donne  socio-politique de la sous-région  parait fort crispée (Guinée: quasi impasse socio-politique, Côte -d'Ivoire: convalescence, Liberia, Sierra-Leone, Togo et autres : calme apparent mais pauvreté sous-jacente).

Il ne serait pas faux d'affirmer qu'en Afrique  l'armée constitue le principal obstacle à l’instauration d'une vraie démocratie et de l'Etat de droit, mis à part l'ethnocentrisme entretenu pour beaucoup par l'illettrisme.

L'omniprésence illégale des militaires africains sur le devant de la scène (Guinée Bissau en cours, Mali plus récemment, Côte d'Ivoire, Niger, Mauritanie,  Guinée, etc.) ces dernières années le prouve à suffisance.

Même si l’on pourrait  blâmer les militaires africains, la mal gouvernance chronique en Afrique est en bonne partie  responsable de cet état de choses.

Pourtant , au regard de son indigence et de ses nombreux défis ,l'urgence pour l'Afrique  devrait plutôt consister  en science et technologies ; plus  en  «  pain et   paix » , qu'en renforcement des forces armées  le plus souvent  ethniques, improductives, pléthoriques , budgétivores, claniques , rustres, brutales, à la solde de pouvoirs dictatoriaux et  corrompus.

En ce qui concerne  l’armée guinéenne,  Mamadou Aliou Barry, initiateur et premier Président de l'Observatoire Guinéen  de la Démocratie et des Droits de l’Homme, in " L'ARMÉE GUINÉENNE  Comment et pour quoi faire ? " (Harmattan, septembre 2009),  donne la recette idoine : Restructuration et  professionnalisation  au prix de la démocratie et de l’Etat de droit.

Le fait que la grande muette  africaine a appris à être plus volubile et à user et abuser du pouvoir, il sera difficile à plus ou moins long terme de démilitariser totalement le pouvoir africain. Le vide étatique et le manque d'opposition forte en  véritable contre-pouvoir,  risquent  de faire perdurer encore pour quelques temps cet ascendant négatif des hommes en treillis sur  la sphère politique africaine. Plus difficile pourrait être d'extirper d'une armée qui a déjà commis un coup d’état ou s'est complu au pouvoir, le mauvais réflexe du goût du pouvoir, des coups d'état et couacs politiques théâtraux de toute sorte.

Pour  une telle  armée,  la tentation d'usurper le pouvoir  reste vraisemblable à tout moment,  même en contexte de normalité (ordre constitutionnel en vigueur, démocratie fonctionnelle).

A défaut de s'en passer, les armées africaines sont quasiment toutes  à revoir dans leur  vocation, leur composition , leur  mode de recrutement ,  leur  idiosyncrasie même, dans une perspective fédérale ou régionale,  en vue d' en faire  des  armées citoyennes, républicaines.

Vivement que « les armes le cèdent [définitivement]  à la toge »  en Afrique.

Oury Baldé

Oury Baldé

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